Tristan et Yseut, l’un des plus anciens romans de la langue française

Tristan et Iseut jouent aux échecs et boivent le philtre d’amour à bord d’un navire. Enluminure du Tristan de Léonois, 1470, BnF, département des manuscrits, ms. Français 112, fo 239 ro. Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Tristan_et_Iseut

Tristan et Iseut est l’un des plus anciens romans de langue française que nous possédions. Déjà au Moyen Âge, l’histoire des deux amoureux était très populaire. Ce succès ne s’est pas démenti au fil du temps, si bien que Tristan et Iseut sont devenus de véritables mythes littéraires, symboles de la passion amoureuse (au même titre que Roméo et Juliette, personnages de Shakespeare créés quelques siècles plus tard).

Mais qu’est-ce qui rend Tristan et Iseut si fascinants? C’est la force de leur amour, ainsi que le destin tragique qu’ils connaissent.

Tristan est allé chercher une épouse pour son seigneur, le roi Marc, et il a trouvé la plus belle femme d’Irlande, Iseut la Blonde. Mais, par une chaude journée, lors de la traversée qui les amène vers la Cornouailles, domaine du roi Marc, les deux jeunes gens assoiffés boivent par mégarde une potion magique (un philtre, du grec philein, « aimer »). Cette boisson enchantée les fait tomber passionnément amoureux l’un de l’autre.

Toutefois, Tristan et Iseut n’ont pas le droit de s’aimer, puisque la jeune femme est déjà promise à un autre homme. Elle épousera le roi Marc, mais elle continuera à entretenir une relation interdite avec Tristan. Les deux amoureux devront trouver toutes sortes de ruses pour se voir en cachette. Ils se feront découvrir et Tristan sera chassé de la cour, mais cet exil le fera redoubler d’efforts pour voir sa bien-aimée. Ainsi, dans un passage célèbre, Tristan se déguise en fou pour pouvoir s’introduire dans le château et revoir sa belle. Dans un autre épisode, il dépose au milieu d’un chemin forestier un bâton de coudrier autour duquel s’enroule une tige de chèvrefeuille, symbole de leur union invincible ; seule Iseut arrivera à comprendre ce message secret laissé pour elle.

En fin de compte, les amants souffrent d’être sans cesse séparés. Cette suite d’épreuves se termine lorsque Tristan, blessé par une lance empoisonnée, attend qu’Iseut vienne le guérir et, croyant qu’elle ne viendra pas, se laisse mourir. Sa bien-aimée, arrivée trop tard sur les lieux et trouvant son cadavre, se laisse mourir elle aussi, désespérée à l’idée de vivre sans Tristan.

Il faut mentionner que, au Moyen Âge, personne n’a jamais lu l’histoire de Tristan et Iseut au complet dans un même volume. En effet, le texte existait sous différentes versions, de différentes longueurs, racontant divers épisodes ! Même les auteurs sont nombreux, certains anonymes, et de pays variés : France, Angleterre, Allemagne, Norvège… De tous ces textes, il ne nous reste que des fragments. C’est un médiéviste français, Joseph Bédier, qui s’est donné pour tâche, au début du 20e siècle, de rassembler tous ces morceaux épars et, comme avec un casse-tête, de recréer une seule grande version de l’histoire légendaire des deux amants.

Par D.D., PhD